Déconfinement
Reprendre le travail dans de bonnes conditions

Paru dans le N°148 - Mai 2020
Dans la rubrique : Zoom sur

 Reprendre le travail dans de bonnes conditions

À l’heure du déconfinement, les établissements qui ont dû arrêter leur activité comme ceux qui ont instauré un télétravail massif et prolongé pour leurs salariés, se trouvent face à des questions concrètes de santé et de sécurité. Comment aborder la réouverture et la remise en service des bâtiments ? Quelles nouvelles organisations mettre en place ? Comment recréer des collectifs de travail et maintenir une partie des salariés en télétravail ? Quelles précautions faut-il prendre vis-à-vis des équipements de travail, notamment des machines, après un arrêt de longue durée ? État des lieux.

Lors de la reprise de l’activité, le télétravail, s’il est possible, doit toujours être privilégié. Le respect strict des mesures de distanciation sociale et des gestes barrière reste indispensable. Une distance d’au moins 1 mètre doit être respectée entre les personnes pour éviter une contamination respiratoire et manuportée par gouttelettes, dans les espaces communs intérieurs et extérieurs. Ainsi, le nombre de personnes autorisées dans les zones de travail dépendra des organisations définies et de la capacité à respecter cette distanciation physique. Rappelons les gestes barrière à respecter :

  • se laver régulièrement les mains à l'eau et au savon ou réaliser une friction avec un produit hydro-alcoolique, notamment après s’être mouché, avoir toussé ou éternué, être allé aux toilettes, et également après chaque sortie à l’extérieur, après avoir pris les transports en commun, avoir touché aux parties communes d’un immeuble... ; 
  • se couvrir systématiquement le nez et la bouche quand on tousse ou éternue ;
  • se moucher dans un mouchoir à usage unique à jeter immédiatement dans une poubelle ;
  • éviter de se toucher le visage, en particulier le nez, la bouche et les yeux ; 
  • porter un masque dans certaines situations.
Des recommandations pour les bâtiments

Que ce soit pour la réouverture des commerces, des restaurants ou celle de tout ou partie d’un site industriel, tout local non utilisé pendant plusieurs semaines doit faire l’objet d’une remise en état avant le retour des salariés. Il s’agira avant tout de faire un gros nettoyage, mais également de veiller à ce que les installations techniques soient en bon état de fonctionnement pour le jour J. Les virus ne proliférant pas hors du corps humain, ceux éventuellement déposés sur les surfaces par les postillons des personnes avant leur départ auront complètement disparu au retour du confinement. Il n’y a donc aucune raison de procéder à une désinfection. Sans lien avec le Covid-19 mais en raison de l’inutilisation prolongée du bâtiment, une attention particulière devra être portée aux réfrigérateurs qui pourront contenir des restes d’aliments et avoir développé des moisissures, ou à l’eau qui aura stagné dans les canalisations pendant plusieurs semaines. Gare également aux insectes ou aux rongeurs. Une opération de lutte contre les nuisibles peut s’avérer judicieuse avant la réouverture de l’établissement.

Un réseau de distribution d’eau qui n'a pas servi depuis plusieurs semaines est propice au développement des micro-organismes. Il convient donc de faire couler l'eau, afin d'éliminer le volume qui aurait stagné et chasser les micro-organismes, en particulier certaines bactéries. Pour les bâtiments équipés de douches, l’eau stagnante remise en suspension peut amener un risque de légionellose par inhalation. Il en va de même lors de la remise en fonction des tours aéroréfrigérantes. Pour savoir si une opération de nettoyage et de désinfection des installations doit être menée, des contrôles bactériologiques sont nécessaires. Ceux-ci pouvant prendre quelques jours (jusqu'à 10 jours pour une recherche de légionelles), il convient d’anticiper cette démarche.

Sachant que les systèmes de ventilation/chauffage n’auront pas été utilisés, il faudra les faire tourner, avant l’accueil des salariés, à vitesse élevée pour renouveler l’air ambiant. Lorsque c’est possible, les fenêtres seront ouvertes largement afin d'aérer les locaux.

Toutes les installations techniques des ouvrages devront être inspectées et pour certaines testées. Une vérification du système de sécurité incendie devra être effectuée afin de s’assurer de son bon fonctionnement du signal sonore d’alarme, des portes coupe-feu et de l’éclairage de sécurité. 

Enfin, il conviendra d’effectuer la vérification de maintenance des ascenseurs qui a normalement lieu toutes les six semaines. Les autres vérifications réglementaires des portes et portails, de l’électricité, des ascenseurs et des appareils de levage sont également à réaliser même si certaines ont été assouplies. 

Remise en service des machines

Des points de vigilance doivent aussi être observés avant la remise en service des installations industrielles. Sait-on comment les machines ont été arrêtées et notamment si cet arrêt a respecté les procédures habituelles définies ? Dans tous les cas, une analyse des risques par énergie est nécessaire. En complément des recommandations liées aux bâtiments, il convient de vérifier les différents réseaux de fluides, afin de détecter d’éventuelles fuites dans la distribution, des accumulations dans des espaces confinés (ventiler les zones pour éviter les risques Atex, d’anoxie) et le bon état de la machinerie liée à la distribution. Ces fuites et accumulations éventuelles doivent également être recherchées au niveau des machines. 

En fonction de la nature des fluides, et des situations rencontrées (colmatage de filtres, pollution des bacs de décantation, développement de bactéries dans les aéro-condenseurs, condensation dans les circuits d'air comprimé…), des rinçages et ventilations peuvent être effectués. Une attention particulière doit également être apportée aux masses suspendues, car leur moyen de retenue a pu être fragilisé ou déplacé.

Les machines disposent par ailleurs de protecteurs ou de dispositifs de sécurité dont il convient de s’assurer de la bonne mise en place et du bon fonctionnement. Un nettoyage est nécessaire en cas d’accumulation d’impuretés, de matières premières, de produits. Il faut aussi tester les actionneurs (distributeur pneumatique, vanne…) qui pourraient être grippés par défaut d’utilisation. Les piles de sauvegardes des programmes dans les robots / automates sont également à vérifier lorsque l'alimentation électrique a été coupée longtemps et éventuellement à changer pour éviter tout risque de perte du programme.

Plus globalement, après un arrêt dans des circonstances aussi exceptionnelles, les risques peuvent être importants et la remise en service des machines doit se faire progressivement, en faisant des tests, en montant graduellement la cadence de production pour surveiller d’éventuelles anomalies. Des arrêts intempestifs dus à des dysfonctionnements pourront engendrer des interventions répétées à l’intérieur des machines, avec des risques d’exposition à des phénomènes dangereux. 

Enfin, certains enjeux organisationnels, tels que la disponibilité des personnes compétentes et formées ou d’un stock de pièces de rechange en cas de besoin, restent majeurs.

Pour réduire les risques, l’anticipation des vérifications avant la reprise effective est nécessaire. Pendant le confinement, il n’a peut-être pas été possible de réaliser des actions de maintenance préventives, comme il est courant de le faire lors des périodes d’arrêt de production. La maintenance peut générer de la coactivité, parfois difficilement compatible avec les mesures de distanciation subsistantes. Ces mesures devant être maintenues lors de la reprise de l’activité, il faudra adapter l’organisation en conséquence. 

Recréer les collectifs de travail

Ces semaines de travail perturbé ont également pu créer une différenciation entre salariés : ceux qui sont restés à leur poste, ceux qui ont continué en télétravail, et ceux qui se sont retrouvés sans activité professionnelle – en chômage partiel, ou en absence rémunérée à domicile, en arrêt pour garde d’enfants ou pour maladie… Pour ne pas laisser les situations de travail dégradées perdurer, il est nécessaire de mettre en place un retour progressif à la normale.

Le télétravail lui-même a créé un contexte très particulier. Durant le confinement, il a en effet été différent de celui pratiqué habituellement : à temps plein, sans passage au bureau, peu ou pas anticipé dans certains cas, en présence des enfants à la maison, ou du conjoint lui-même en télétravail, sans oublier la charge psychologique liée au contexte et aux inquiétudes pour des proches ou pour son propre avenir. Les managers de proximité, eux-mêmes en télétravail dans des conditions potentiellement dégradées, ont été fortement impliqués dans la gestion du télétravail. Après deux mois de confinement, le fonctionnement des équipes en sortira probablement modifié. Cette période a accordé plus d’autonomie aux salariés mais a aussi parfois montré les limites du télétravail et rappelé la valeur des relations directes et non inter-médiées entre collègues. Un retour d’expérience sera nécessaire.Et si à la reprise, certains restent en télétravail pendant que d’autres, reviennent sur leur lieu de travail, il sera impératif d’expliquer les choix, d’être transparent sur les décisions prises. Un accompagnement et une bonne communication sont essentiels pour que cela se passe au mieux. 

Enfin, la période a également généré beaucoup de créativité en termes d’organisation du travail. Nombreux sont ceux qui ont pu contribuer d’une façon ou d’une autre à une certaine réorganisation pour assurer la continuité de l’activité. Il sera nécessaire et utile de capitaliser et partager ces expériences au sein des entreprises. Là aussi il en va de la consolidation des collectifs.
 

Covid-19 et prise de température

Dès la présence de signes d’une possible infection Covid-19 (toux, essoufflements, fièvre, etc.), il est nécessaire de rester chez soi, d’éviter les sorties et les contacts avec des personnes fragiles et de contacter son médecin. Si la température peut faire partie des symptômes, l’infection à SARS-CoV-2 peut être asymptomatique, et la fièvre n’est pas toujours présente chez les malades. De plus, la contagion peut débuter jusqu’à 2 jours avant le début des symptômes. Ces situations sont associées à un risque accru de diffusion du virus en l’absence de la prise de mesures barrière. Enfin, la mesure de la température est une donnée de santé à caractère personnel protégée à accès limité et à risque potentiel de stigmatisation. Il n’est donc pas recommandé de mettre en place un dépistage par prise de température systématique à l’entrée des locaux des entreprises. En revanche, la prise de température par les salariés qui manifesteraient tout symptôme évoquant la maladie est recommandée au domicile avant de partir pour le travail.

En tout état de cause, la mise en place exclusive et généralisée du contrôle de la température ne permet pas à l’employeur de satisfaire son obligation de sécurité et, en pareil cas, l’atteinte à la vie privée, que peut constituer ce contrôle, pourrait être considérée comme inadaptée au but recherché, et disproportionnée au regard des résultats attendus.
 

La Lettre d'information est éditée par le département Information communication de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Directeur de la publication : Stéphane PIMBERT, directeur général de l'INRS. Rédacteur en chef : Grégory BRASSEUR. Routage : logiciel SYMPA. Conception : Aphania. Copyright INRS. Tous droits réservés. Conformément à la loi 2004-801 du 6 août 2004 (...) modifiant la loi 78-17 du 6 janvier 1978, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Pour l'exercer, adressez-vous à l'INRS - 65 boulevard Richard Lenoir - 75011 Paris ou écrivez à contact@kiosque.inrs.fr