Ambiances thermiques et travail
Cet été, gare au coup de chaleur

Paru dans le N°160 - Juin 2021
Dans la rubrique : Zoom sur

Cet été, gare au coup de chaleur

L’exposition à la chaleur peut avoir des effets graves sur la santé et être à l’origine d'accidents du travail dont certains sont mortels. De nombreux salariés sont concernés, du fait même de la nature de leur activité (dans les teintureries, blanchisseries, cuisines, hauts fourneaux, verreries, fonderies…) ou parce qu’ils travaillent en extérieur. À l’approche de l’été, alors que les effets du changement climatique pourraient encore peser sur les conditions de travail, la vigilance reste de mise.

Un jour de canicule, après plusieurs mois d’inactivité, un ripeur débutant fait un malaise qui lui est fatal. Par 40°C à l’ombre, un maçon de 44 ans gâche du béton au rez-de-chaussée et le transporte à l’étage dans des seaux pour boucher un puits de lumière. En milieu de journée, il décède à la suite d’une hyperthermie. Au travail, des drames liés à la chaleur se produisent chaque année. D’après Météo France, 2020 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des mesures en 1900. Dans un contexte d’épidémie de Covid 19, l’été 2020 a été marqué par trois vagues de chaleur, dont l’une particulièrement intense à l’origine d’une surmortalité pour la classe d’âge de 45 à 64 ans. Par ailleurs, ce même été, Santé Publique France a reçu 12 signalements d’accidents du travail mortels, principalement survenus à l’extérieur, en lien possible avec la chaleur.

Les salariés soumis à la chaleur sont nombreux, que l’activité ait lieu à l’extérieur ou que les procédés de production les y exposent : ouvriers de la construction ou les travaux routiers, boulangers, fondeurs, verriers, soudeurs, teinturiers, etc. Dans certains cas (cuisines, buanderies…), la très forte humidité combinée à la chaleur rend l’ambiance difficile à supporter. D’un point de vue réglementaire, le Code du travail ne donne aucune indication de température maximale au-delà de laquelle il serait dangereux ou interdit de travailler ou au-delà de laquelle des mesures spécifiques doivent être mises en place. Toutefois, l’obligation générale de sécurité de l’employeur lui impose d’évaluer les risques, notamment ceux liés aux ambiances thermiques et en particulier aux fortes chaleurs et de mettre en œuvre les mesures de prévention appropriées.

Ne pas baisser la garde

En cas d’exposition à la chaleur, des symptômes tels qu’une fatigue inhabituelle ou un malaise généralisé, des nausées, des maux de tête, des étourdissements ou vertiges, des crampes musculaires… peuvent être précurseurs de troubles plus importants. Les plus graves sont la déshydratation et le coup de chaleur. Celui-ci est une défaillance aiguë de la thermorégulation associant notamment une augmentation de la température corporelle au-dessus de 40°C et des signes neurologiques, qui peut mettre en jeu le pronostic vital. Il est important de réagir vite. Par ailleurs, sous l’effet de la chaleur, la perte de vigilance et l’allongement des temps de réaction peuvent également conduire à des accidents.

Pour évaluer les risques, il convient d’envisager le bilan thermique de l’individu dans son environnement. Ce bilan est influencé par des facteurs liés aux caractéristiques physiques de l’environnement (température de l’air, rayonnement, vitesse de l’air, humidité), et au sujet lui-même (la tenue vestimentaire, le métabolisme/l’activité physique). Cette évaluation, qui fait appel à des estimations et à des mesures, peut être complexe. Les centres de mesures physiques des Carsat peuvent aider les entreprises dans cette démarche.

Au regard des résultats de l’évaluation des risques, des mesures de prévention appropriées doivent être prises en concertation avec les représentants du personnel et les services de santé au travail. L’approche doit être globale, conçue le plus en amont possible, en veillant en priorité à éviter ou à limiter les expositions prolongées à la chaleur et la pénibilité des tâches. Chaque situation est spécifique. Néanmoins des actions techniques et organisationnelles peuvent être envisagées.

Adapter l’organisation du travail

L’employeur peut, par exemple prévoir d’aménager les horaires, notamment pour le personnel travaillant à l’extérieur, pour commencer plus tôt le matin et planifier les tâches physiques aux heures les moins chaudes. En période estivale, un suivi météorologique quotidien est nécessaire pour adapter l’activité en conséquence. Le travail isolé doit être évité et la période d'acclimatation aux températures chaudes (d'environ une semaine d'exposition régulière à la chaleur) prise en compte. Il peut également s’agir d’augmenter la fréquence des pauses, qui sont prises dans une salle climatisée s’il y en a une ou dans un endroit aménagé à l’ombre pour s’abriter en cas de travail à l’extérieur. L’employeur doit mettre à la disposition de ses salariés de l’eau fraîche et potable et, sur les chantiers, au moins trois litres par jour et par travailleur.

En entreprise, des solutions de prévention techniques existent : une ventilation efficace prenant en compte les conseils liés à la crise sanitaire – éventuellement associée à un captage localisé de sources de chaleur ponctuelles –, la climatisation, des actions sur le bâtiment pour limiter les apports extérieurs (isolation, pare-soleil…), l’utilisation d’aides mécaniques à la manutention pour réduire la dépense énergétique des salariés… La tenue vestimentaire doit être adaptée à la tâche : vêtements légers, de couleur claire, amples pour permettre l’évaporation de la sueur, couvre-chef à l’extérieur et vêtements couvrants (manches longues) pour se protéger des UV…

Toutes ces mesures doivent s’accompagner de l’information et de la formation des salariés, une importance particulière devant être accordée à la conduite à tenir en cas d’urgence et à l’organisation des secours.
 

Premiers secours


Le coup de chaleur est une urgence vitale. Il est important que les salariés soient formés et informés à la conduite à tenir. Fatigue, maux de tête, soif intense, crampes, vertiges, confusion, température corporelle très élevée...… Dès que ces signes d’alerte sont détectés chez un travailleur exposé à la chaleur, il faut alerter ou faire alerter les secours extérieurs (le 18, 15 ou 112). Si la victime est consciente, il faut l’amener à l’ombre ou dans un endroit frais et bien aéré, la dévêtir, la rafraîchir en faisant couler de l’eau froide sur son corps, lui donner à boire de l’eau fraîche. Si elle est inconsciente, il faut la mettre en position latérale de sécurité (hors période de crise sanitaire) et la surveiller en attendant l’arrivée des secours.

La Lettre d'information est éditée par le département Information communication de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Directeur de la publication : Stéphane PIMBERT, directeur général de l'INRS. Rédacteur en chef : Grégory BRASSEUR. Routage : logiciel SYMPA. Conception : Aphania. Copyright INRS. Tous droits réservés. Les données recueillies par le biais de ce formulaire sont destinées à vous adresser par mail la lettre d'information de l'INRS. Les données à caractère personnel que vous communiquez sont destinées uniquement au personnel habilité de l'INRS qui est responsable du traitement. L'INRS s'engage à ne pas transmettre ni vendre ces données à un tiers. En application de la législation en vigueur vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de suppression et de portabilité de vos données personnelles. Pour l'exercer, adressez-vous à l'INRS par mail : donnees.personnelles@inrs.fr. Pour plus d'informations, consultez la politique de confidentialité et d'utilisation des données personnelles de l'INRS : https://www.inrs.fr/footer/politique-confidentialite.html